Vaccination et grossesse : prévention en obstétrique

Les femmes enceintes sont une population vulnérable face à certaines infections graves, comme la grippe, la coqueluche, le Covid-19 et la bronchiolite. Ces pathologies représentent un risque non seulement pour la mère, mais aussi pour le fœtus et le nouveau-né. Promouvoir la vaccination des patientes enceintes pour optimiser la prévention et réduire les complications liées à ces maladies est donc important.

  1. La vaccination antigrippale et anti-Covid-19 : protéger le binôme mère-enfant
  2. Vaccination contre la coqueluche
  3. Vaccination contre la bronchiolite
  4. Vaccination en prévision d’une grossesse
  5. Les vaccins à éviter pendant la grossesse
  6. Enjeux pour les professionnels de santé

La vaccination antigrippale et anti-Covid-19 : protéger le binôme mère-enfant

Impact des infections respiratoires durant la grossesse

Les femmes enceintes présentent une immunosuppression physiologique qui augmente leur susceptibilité aux infections respiratoires graves, notamment celles dues à la grippe et au Covid-19. Ces infections peuvent provoquer :

  • des hospitalisations pour pneumonie sévère, voire un passage en réanimation ;
  • des complications obstétricales (contractions utérines provoquées par la toux majeure, accouchement prématuré ou, plus rarement, fausse couche) ;
  • un risque accru pour le nouveau-né en raison de l’impact des infections maternelles.

Recommandations vaccinales  

Grippe : Le vaccin inactivé est recommandé à tout trimestre de la grossesse. Les patientes peuvent obtenir gratuitement leur vaccin en pharmacie sur présentation d’un bon de prise en charge. La vaccination peut être réalisée par un médecin, une sage-femme, un pharmacien ou un infirmier.

Covid-19 : Le vaccin est recommandé à partir de 6 mois après une précédente injection ou infection. Il peut être administré lors de la même consultation que le vaccin antigrippal.

Ces deux vaccinations peuvent être effectuées simultanément, avec une injection dans chaque bras, ou de manière distincte sans délai particulier à respecter.

Image d'un flacon de vaccin contre le covid19

Arguments en faveur de la vaccination

Les vaccins réduisent significativement le risque de formes graves, d’hospitalisations et de complications materno-fœtales.

La vaccination protège également le nouveau-né en lui conférant des anticorps via le placenta, particulièrement précieux pendant les premiers mois de vie.

Vaccination contre la coqueluche

Risque chez les nourrissons

La coqueluche reste une maladie potentiellement mortelle pour les nourrissons de moins de 3 mois, une période où ils ne sont pas encore suffisamment immunisés par leur propre calendrier vaccinal.

Recommandations vaccinales en obstétrique

Quand vacciner ?

La vaccination contre la coqueluche est recommandée à chaque grossesse, idéalement entre la 20ᵉ et la 36ᵉ semaine de grossesse (2ᵉ trimestre). Ce délai permet une production suffisante d’anticorps maternels et leur transfert efficace au fœtus.

Pourquoi une vaccination à chaque grossesse ?

La concentration d’anticorps décline rapidement après une vaccination antérieure. Une nouvelle injection est donc indispensable pour chaque grossesse afin de garantir une protection optimale pour le nouveau-né.

Impact de la vaccination maternelle

  • Réduction de 95 % du risque de décès lié à la coqueluche chez les nourrissons de moins de 3 mois.
  • Diminution par 4 du risque d’infection.
  • Baisse de moitié du nombre d’hospitalisations pour coqueluche dans cette population.

Points pratiques pour les professionnels

Le vaccin utilisé est un vaccin combiné (coqueluche, diphtérie, tétanos, poliomyélite). Il peut être administré sans risque de répéter les doses, même en cas de grossesses rapprochées, en respectant un délai minimum d’un mois entre deux injections.

En cas de vaccination tardive ou non réalisée, privilégiez une stratégie de cocooning, en vaccinant l’entourage proche du nourrisson (parents, fratrie, etc.) avant sa naissance.

Vaccination contre la bronchiolite

Mécanisme de protection et intervalle à respecter

Le vaccin contre la bronchiolite (Abrysvo) est recommandé entre la 32ᵉ et la 36ᵉ semaine d’aménorrhée, avec un délai minimum de 15 jours avant l’accouchement.

  • La vaccination permet à la mère de produire des anticorps spécifiques qui sont ensuite transmis au fœtus via le placenta, offrant ainsi une protection optimale au nouveau-né.
  • Un intervalle de 15 jours doit être respecté entre ce vaccin et celui contre la coqueluche.

Alternative au vaccin : les immunoglobulines pour le nouveau-né

En l’absence de vaccination maternelle, une injection d’immunoglobulines spécifiques (Beyfortus) peut être administrée directement au nouveau-né après la naissance pour réduire le risque d’infection.

Vaccination en prévision d’une grossesse

La vaccination avant la grossesse permet de prévenir les infections susceptibles de nuire à la santé de la mère et du fœtus. De plus, elle permet d’optimiser les conditions de la grossesse en réduisant les risques d’infections graves qui peuvent avoir des répercussions sur le bon déroulement de la grossesse et le développement du fœtus.

Illustration de seringue et divers vaccins

Certaines vaccinations sont fortement recommandées pour protéger la mère et le futur enfant. Parmi celles-ci, on trouve :

  • La rubéole : La vaccination contre la rubéole est cruciale, car l’infection en début de grossesse peut entraîner des malformations graves chez le fœtus. Il est recommandé de s’assurer que les patientes sont immunisées avant de concevoir.
  • L’hépatite B : Si la patiente n’est pas encore vaccinée, il est important de réaliser la vaccination contre l’hépatite B, qui peut entraîner de graves complications pour la mère et le fœtus.
  • Le tétanos, la diphtérie, la coqueluche : Le rappel de la vaccination contre le tétanos, la diphtérie et la coqueluche peut être fait avant la grossesse si nécessaire.
  • La varicelle : En cas de non-antécédents de varicelle, il est conseillé de vacciner la patiente avant la grossesse pour prévenir les risques d’infection pendant la grossesse.

Les vaccins à éviter pendant la grossesse

Certaines vaccinations sont contre-indiquées durant la grossesse, car elles peuvent comporter des risques pour le fœtus. Il est essentiel de les éviter et de les reporter à après l’accouchement ou avant la conception. Parmi les vaccins à éviter, on trouve :

  • Vaccins vivants atténués :
    • Rougeole, oreillons, rubéole (ROR) : Ces vaccins ne doivent pas être administrés pendant la grossesse, car ils sont constitués de virus vivants atténués, et peuvent causer des malformations ou des anomalies fœtales. Il est recommandé de les administrer avant la grossesse ou après l’accouchement.
    • Varicelle : Le vaccin contre la varicelle est un vaccin vivant et doit être évité durant la grossesse. Une vaccination préconceptionnelle est recommandée.
    • Fièvre jaune : Ce vaccin, également vivant, est contre-indiqué pendant la grossesse en raison du risque pour le fœtus.
  • Vaccins contre la tuberculose (BCG) :
    Bien que ce vaccin soit généralement sans danger, il est déconseillé durant la grossesse.

Enjeux pour les professionnels de santé

Il est important de sensibiliser les patientes enceintes à ces vaccinations. Une communication claire, basée sur des données scientifiques, est essentielle pour lever les réticences potentielles.

Points à valoriser lors des consultations :

  1. Sécurité des vaccins : Les vaccins antigrippaux, anti-Covid-19, contre la coqueluche et la bronchiolite sont inactivés et adaptés à la grossesse. Ils ne présentent aucun risque pour la mère ou le fœtus.
  2. Impact positif pour le nouveau-né : La protection conférée par les anticorps maternels est un argument puissant pour convaincre les patientes.
  3. Prise en charge financière : Les vaccins sont remboursés à 100 % par l’Assurance Maladie à partir du 6ᵉ mois de grossesse. Avant cette période, ils sont pris en charge à 65 %, avec le complément assuré par les mutuelles.

En obstétrique, la vaccination maternelle constitue une opportunité unique de prévention pour deux patients : la mère et son enfant.